Portrait d'artiste : Caroline Skadhauge


 

Caroline Skadhauge est une artiste photographe de nationalité franco-danoise. Elle vit aujourd’hui à Paris. A travers les photographies argentiques présentées sur Pomelo, elle retranscrit des paysages et des natures mortes capturés lors d’un voyage en Norvège en 2015. Ses tirages ont été développés spécialement pour Pomelo et sont disponibles sur un papier d’art Hahnemühle.

 

Quel est ton parcours et comment es-tu devenue photographe ?

J’ai très tôt été entourée de peinture, de films et de musique (mon père étant musicien et écoute surtout les Beatles, le jazz et le classique). Mon père nous prenait beaucoup en photos et faisait aussi des petits films de famille pour immortaliser nos moments passés ensemble. C’était toujours très candide, intime. On est tout de suite emprunt de beaucoup de nostalgie en les regardant même si ce n’était pas il y a si longtemps. C’était toujours très touchant et plein d’humour. A l’école, j’ai très rapidement préféré la matière d’art plastique en primaire et au collège. L’histoire arrivait en deuxième place. Après le lycée je suis rentrée dans une école de photographie à Lyon, qui était tournée artistique et recherche de démarche personnelle. On avait une grande approche de la photo argentique aussi, avec un professeur que j’aimais beaucoup. J’ai découvert ce process que je trouve très différent de l’approche digitale.

 

Quel est ton premier souvenir artistique ?

Même si ce n’était pas destiné comme un travail artistique, je considère comme tel les albums photo que tenaient précieusement mon grand-père paternel. Les photos étaient très petites, souvent avec une bordure en papier épais blanc dentelé, bien sûr en noir et blanc. La vie de mes grands-parents puis de mon père, son frère et sa soeur, étaient précieusement gardés, partagés, et avaient déjà commencé à traverser le temps et les générations, notamment à travers mes petits yeux. Je découvrais ainsi cette époque des années 50-60, dans une banlieue scandinave, le style de vie de mes grand-parents, leur culture et les moeurs, la représentation de la famille, les liens partagés, leur caractère. Tout était soigneusement daté, écrit à la main, à la plume. Une typographie qui m’a longtemps marquée et accompagnée, et dont je me souviens vouloir m’inspirer en choisissant mon écriture, dans l’idée de transporter une petite marque de mon grand-père dans mon identité, notamment visuelle.

 

Quels sont les univers qui t'inspirent aujourd’hui ? Et quels sont ceux qui ont fait partie de ton évolution en tant qu’artiste-peintre ?

Le rock n’roll british des années 60-70, et l’accent british tout court. Un vieux son de radio, le twist. Les univers cinématographiques de Jacques Tati et cette approche douce et pleine d’humour notamment dans Les vacances de Monsieur Hulot, Le Grand Budapest Hotel de Wes Anderson (les couleurs, le format 4/3, ce montage très rythmé, un univers entre le réel et un endroit imaginé), Sophia Coppola (Virgin Suicides, Somewhere), Alfred Hitchcock (Fenêtre Sur Cour, mon coup de coeur). En photographie je suis très inspirée par le travail, l’histoire et l’approche de Diane Arbus. Les photos de mode de Hoyningen-Huene dans les années 20-30 me subjuguent : la lumière, le noir et blanc, la pose sportive de ses mannequins tout en délicatesse. Dans le quotidien ce qui m’inspire c’est ce que j’appellerais des « moments suspendus ». Comme une certaine lumière dans un vieux métro parisien, qui défile dans les tunnels, où l’on se demanderait presque si l’on n’avait pas changé d’époque. Les interactions entre deux personnes. Ou justement les non-interactions. L’attitude. Des réactions qui peuvent prendre une tournure très absurde tout en douceur. Des petites scènes qui pourraient se retrouver dans un film. On donne un focus sur quelque chose de spécifique : un mouvement, une atmosphère, un regard intense, une lumière, une sensation. Certaines couleurs spécifiques et différents assemblages de couleurs. La sensualité. Et puis les beaux mobiliers scandinaves des années 50-60 héhé. 

 

Peux-tu nous décrire l’univers dans lequel s’inscrit ta démarche artistique ? 

En école de photo, l’un de mes professeurs parlait de « L’univers de Caroline ». Je trouvais cela très touchant et cela m’a très rapidement donné confiance en mon envie de me laisser guider par mes propres expérimentations. Tous ces mélanges créent un univers nostalgique et intemporel à la fois (on peut ajouter la contradiction dans mes inspirations héhé), emprunt d’une touche poétique, parfois de l’humour, beaucoup de douceur, et quelque part de l’honnêteté, du vrai. Pas de superflu. Du brut mais avec un regard bleu, un regard doux.

 

Quel est le message que tu souhaites véhiculer à travers tes créations aujourd’hui ?

Je pense que ce qui m’inspire le plus dans la création, c’est la liberté et l’expérimentation. Je souhaite partager cette idée que l’on peut être étrange sans se poser trop de questions sur ce qui est socialement acceptable. Lorsque je photographie une personne, celle-ci m’a toujours accordé une confiance totale, tout en étant vulnérable. Je considère cette liaison très spéciale et importante, et je souhaite la partager également dans mes photos.